• 4- Gaza - Eté 2014

  • Le Cessez-le-Feu du 26 août 2014

    Après 50 jours de guerre, 8 cessez-le-feu avortés, et le bilan accablant de 2.200 tués et 11.000 blessés d'un côté (civils pour la plupart), 73 tués et 556 blessés de l'autre (militaires pour la plupart), un "cessez-le-feu illimité" a été finalement déclaré le mardi 26 août, prenant effet à 19 heures, avec toutes les parties concernées - non seulement Israël et le Hamas, mais aussi le Jihad Islamique, le PFLP, et les PRC. Les principaux problèmes restent toutefois à résoudre :

    - le contrôle du passage permanent en Israël et en Egypte, avec accès sans restrictions pour les civils étrangers, les équipes de réhabilitation, les membres du Parlement Européen, les diplomates...

    - l'ouverture vérifiable à des transactions commerciales normales, régulières

    - la libération de prisonniers de Cisjordanie (à la fois détenus arbitrairement et détenus de longue durée)

    - la construction d'un port, et la reconstruction de l'aéroport,

    pour réellement "permettre à Gaza de s'ouvrir au monde, garantir la possibilité d'une économie viable, et améliorer la situation humanitaire" ainsi qu'il est requis dans la Campagne Ouvrez les Portes.

    Pour que le futur ne devienne pas encore pire que le statu quo ante, les deux parties doivent accepter un pacte illimité de non-agression mutuelle, avec les missions adéquates de contrôle et de vérification, de sorte qu'il n'y ait plus de violations ou provocations.

     

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    Israël/Gaza : Communiqué de Peace Lines du 25 Août 2014

    Face à l’insoutenable guerre d’usure entre Gaza et Israël, nous exhortons tous les dirigeants présentement impliqués dans des négociations en vue d’un cessez-le-feu permanent à respecter les critères humanitaires universels. Les mécanismes de guerre imprévisibles qui tiennent les civils en otages, des deux côtés, doivent être exposés pour ce qu’ils sont : contre-productifs, facteurs de terreur.

    Dans leur appel retentissant, plus de 300 survivants de l’Holocauste et leurs descendants nous le rappellent : «  Rien ne peut justifier le bombardement d’abris des Nations Unies, de maisons, d’hôpitaux et d’universités. Rien ne peut justifier que l’on prive les gens d’eau et d’électricité. »

    1.800.000 personnes sont sous blocus depuis sept ans, ce qui en fait le plus long siège de l’histoire moderne. 500.000 personnes ont été déplacées à Gaza. Autour de Gaza, 70% des Israéliens ont dû évacuer leurs domiciles.

    Depuis 2008, 69 Prix Nobel et 587 parlementaires européens (231 en exercice) se sont engagés avec l’o.n.g. Peace Lines dans la « Campagne Ouvrez les Portes ». Ses quatre objectifs fondamentaux demeurent :

    • Il faut en finir avec le siège de Gaza. Israël doit permettre à gaza de s’ouvrir au monde, de sorte à garantir la possiblité d’une économie viable, et améliorer la situation humanitaire. 
    • Les Palestiniens doivent mettre fin à tout tir de roquettes contre Israël.
    • Il faut en finir avec le cycle de représailles mortelles, y compris la politique d’exécutions extra-légales.
    • Au titre de mesures pour rétablir la confiance, les Israéliens, qui détiennent plus de 5.000 hommes et 15 femmes dans leurs prisons, doivent libérer un nombre significatif de femmes détenues, de malades, ceux qui sont les plus âgés, au terme de longues condamnations, ainsi que les prisonniers en détention administrative, y compris tous les membres élus de la législature palestinienne (25 à ce jour), sans oublier 200 mineurs détenus.

    La poursuite de ces objectifs implique des négociations crédibles entre le gouvernement israélien et le gouvernement palestinien. De sorte que les deux peuples puissent vivre dans la sécurité, la dignité et la justice, nous en appelons à l’Union Européenne – en raison de son long passé dans l’histoire du Proche Orient – à assumer sa responsabilité propre en tant que garante d’une résolution soutenable.

     

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    La guerre de l'été 2014

    L'année a mal commencé. Pour la première fois depuis 2009, nous n'avons pas obtenu le permis requis pour entrer dans Gaza. En conséquence de quoi notre Programme Expérimental Bilingue a dû être suspendu. De même que notre réseau de relations, puisque les gens que nous connaissons à Gaza se servent très peu d'internet, non plus que du téléphone. Inutile de préciser : il n'y a pas de services postaux à Gaza. Aucune lettre n'y parvient.

    Février 2014 : notre dossier a été classé "en progrès". Avril 2014 : toujours "en progrès". Que ce soit du fait d'un changement de personnel aux portes de Gaza, ou d'autres facteurs, on nous a dit que nous n'étions plus considérés comme "humanitaires".

    Nous avons maintes fois plaidé notre cause, à différents niveaux, en vain. Le couperet toujours retombait : "pas d'accès". Mauvais augure évident. du coup, notre travail s'est poursuivi, en Cisjordanie seulement, dans des universités, de Jénine à Naplouse, Ramallah, Bethléhem.

    Ne jamais sous-estimer l'influence d'une éducation universitaire : de bons livres et l'étude des langues mènent loin. Le 2 juin 2014, nous avons appris la confirmation à son poste de Premier Ministre du Dr Rami Hamdallah, un linguiste naguère doyen de l'Université An-Najah de Naplouse. Il était désormais à la tête du second Gouvernement d'Union Nationale, après la décomposition brutale du premier, l'été 2006, lorsqu'une quarantaine d'élus palestiniens ont été emmenés, prisonniers (à titre de représailles contre la capture du jeune tankiste Gilad Shalit, aux portes de Gaza). Parmi eux, le Vice Premier Ministre Nasser Al Shaer, qui fut "notre ministre", en tant que ministre de l'Education, l'homme qui obtint de l'Autorité Nationale Palestinienne son accord concernant notre Programme Expérimental Bilingue en avril 2006.

    Ce nouveau gouvernement est en charge de préparer les prochaines élections générales - processus électoral gelé en 2006, avec les arrestations massives de législateurs déjà mentionnées. (Composition du gouvernement d'union nationale)

    Perspective encourageante de notre point-de-vue, puisqu'il nous fut donné de constater, au printemps 2006, que seul un gouvernement fort, représentant toutes les tendances de l'opinion publique palestinienne, pouvait être en position de mettre en place notre Programme Expérimental.

    Ce rayon d'espoir, toutefois, ne devait pas durer. Le 12 juin, dix jours seulement après la formation du gouvernement unitaire, trois adolescents israéliens étaient enlevés dans un secteur contrôlé par Israël, à partir de quoi tout a basculé. Aussitôt, "Hamas" fut désigné comme suspect, ce qui conduisit aux arrestations massives de plus de 500 de ses membres et sympathisants en Cisjordanie. Parmi eux, le Dr Aziz Dweïk, président du Conseil Législatif Palestinien (parlement palestinien) - en tant que tel second personnage de l'Autorité après le Président Abbas.

    Paradoxalement, le Dr Dweïk est tout le contraire d'un extrémiste. Professeur en géographie urbaine, titulaire d'un doctorat en Architecture et Planning Régional de l'Université de Pennsylvanie, pratiquement toute sa famille est impliquée dans des études médicale et pharmaceutiques. Comment ne pas songer à la formule du poète : "Ils ont arrêté un homme qui voulait diriger le monde; ces imbéciles se sont trompés d'homme."

    Pouvait-il être tenu responsable de l'enlèvement des trois adolescents ? Ou Hamas, la Bête Noire usuelle ? Un journaliste israélien, Shlomi Eldar, a enquêté sur cet enlèvement, et livre une analyse pour le moins troublante, publiée dans Al Monitor, le 29 juin : "Les kidnappeurs accusés sont une branche scélérate de Hamas" - (le rôle nihiliste du clan Qawasmeh depuis 2003)

    Singulièrement, le lendemain de la publication de cette enquête, les corps des trois jeunes auto-stoppeurs étaient retrouvés à quelques kilomètres de Hebron, en "territoire Qawasmeh". Lire, de Shlomi Eldar encore : "La branche à Hebron de l'aile scélérate du Hamas a une sombre histoire." (le clan Qawasmeh est sans pareil)

    Plus singulier encore : les deux assassins soupçonnés, membres de cette "branche scélérate", n'avaient toujours pas été arrêtés deux mois après le crime.

    Le même jour, le 2 juillet 2014, un adolescent palestinien était enlevé dans la banlieue nord de Jérusalem, et brûlé vif en Forêt de Jérusalem, comme "représailles" pour le triple meurtre en Cisjordanie.

    Six jours plus tard, l'armée israélienne lançait son "Opération Puissante Falaise" contre Gaza, en raison du nombre de roquettes tirées en juin et début juillet.

    A ce sujet, les avis sont partagés. Les uns considèrent ces roquettes (y compris celles de plus longue portée, qui visent Haïfa ou Jérusalem) comme nulles et non avenues, puisque plus de 4.000 d'entre elles n'ont tué "qu'un seul" civil, un berger bédouin, dans le Negev (début juillet) et aucun militaire. Leurs contradicteurs pensent qu'une seule roquette est assez pour rendre fous les gens et déclencher un carnage : le 28 juin, une usine de peinture de Sderot est partie en flammes et en fumée, suite à un tir de Qassam; le 3 juillet, une autre Qassam a explosé dans un camp d'été à Sderot, juste quelque minutes avant l'arrivée des enfants. Le 11 juillet, au 4ème jour de l'opération militaire contre Gaza, une roquette de plus longue portée a réduit en cendres une station-service à Ashdod, 40 kilomètres au nord de Gaza, blessant grièvement un homme handicappé, plus légèrement sept autres personnes.

    Les nombres commandent, en comparaison des bilans antérieurs. A la date du 31 août 2014, on estimait à 11.000 le nombre de Palestiniens blessés en 51 jours (contre 7.000 en 8 ans) et 2.200 tués selon le Ministère de la Santé à Gaza - laissant derrière les 1.400 morts de Plomb Fondu et les 622 tués des quatre autres opérations réunies. Dans la même période, 66 soldats et officiers israéliens (+6 civils) ont été tués, et 470 blessés (+90 civils).

      

    War in Gaza - Summer 2014

    500.000 habitants de Gaza sont devenus réfugiés, dans des écoles, des mosquées, des établissements publics, y compris des églises, ou bien chez des parents. Dans l'une des écoles de l'UNRWA touchée par un obus le 30 juillet, 15 réfugiés ont été tués durant leur sommeil. Le responsable de l'Aide des Nations Unies, Pierre Krahenbuhl, nous avertit que c'est la sixième fois qu'une de leurs écoles a été touchée par un obus. ( Daily Mail : July 31, 2014). Le 3 août, une autre école des Nations Unies a été atteinte, où 3.000 personnes avaient trouvé refuge. Plus de 10 personnes y ont perdu la vie ( BBC : UN school hit in Rafah). Plus aucun endroit n'est sûr.

     

    War in Gaza - Summer 2014

     

    La famille Al Najjar, qui avait échappé aux bombardements dans leur village de Khuza'a près de la frontière Est, pour trouver refuge chez des parents, dans la ville densément peuplée de Khan Yunis, a été frappée par un missile le 26 juillet. Bilan : 11 enfants, 5 femmes tuées. Une trentaine de membres de cette famille sont morts en quelques jours entre Khuza'a et Khan Yunis. Où aller, pour les survivants ?

    En quoi cela nous concerne, et nous frappe aussi :

    Les garçons que vous voyez sur les photos avec les affiches Martin Luther King [Gaza (Palestine)] sont des élèves de Chajayah, à l'Est de Gaza City - la région qui a le plus souffert de l'opération militaire à la mi-juillet 2014. Comment peuvent-ils se référer aux principes du Dr King désormais ? A l'approche non-violente ?

    L'homme qui les a pris en photo est un membre de la famille Al Najjar. Comment peut-il continuer avec notre programme, sa philosophie ?

    "Je crois que même aujourd'hui, parmi les explosions de roquettes et le sifflement des balles, il existe toujours un espoir pour un meilleur lendemain" ? 

    Que personne ne s'y trompe : les bombes d'une tonne et les missiles Hellfire (Feu d'enfer) à 100.000 $ pièce qui sont en train de dévaster Gaza, sans compter les 32.000 obus de 155 mm tirés en un mois, n'ont pas détruit les "infrastructures de la terreur" (ou s'ils l'ont fait par endroits, elles seront reconstruites en très peu de temps). Plutôt, elles ont infligé des dégâts irréversibles dans l'esprit  d'un million d'enfants et d'adolescents, rendant notre travail dans le sillage sanglant de cet été d'autant plus difficile. Si ce n'est impossible, dans l'après-guerre de cette "guerre inhumaine".

     

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