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    Lettre de Liaison n°98

    24-25 décembre 2016

     

     Père Jacques Hamel égorgé à 86 ans en son église

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    Première partie : comment en est-on arrivé là ?

    Deuxième partie : en sortir

       

    H  Hyper Cacher - « Qu’est-ce que les Lumières ? »

    C’est une façade discrète, très discrète, comme d’un modeste magasin en pré-liquidation, d’une rue étroite du Nord de Paris. Les vitrines sont peintes en blanc. On peut lire seulement ces deux mots, en lettres noires délavées, au-dessus de la porte : HYPER CACHER. Hyper Cacher : hyper caché. J’y suis entré pour des bougies, du halva, et du chocolat. Besoin pressant de sucres rapides, et de lumières.

    Le cœur serré dès l’entrée : une angoisse oppressante entre les murs, la peur sur les visages, visible, ce mélange de tension et d’appréhension. Les gens qui sont là, en cette veille de Noël, craignent tous pour leur vie. Ils ont peur de la répétition de ce qui s’est passé dans cet autre Hyper Cacher, voici un peu plus d’un an, le 9 janvier 2015. Qu’un individu entre, armé pour les exterminer, parce que juifs.

    Ailleurs, dans la ville, les magasins sont bourrés de clients, stressés de bien d’autres façons (mais aussi avec la crainte d’attentats : à Berlin, le 19 décembre, celui qui a foncé avec son camion dans la foule du marché de Noël l’a fait pour le même genre de « raisons », « attaquer les Croisés, les mécréants partout où ils seront »). Ailleurs, la peur est plus diffuse, moins précise.

    Ici, elle est concentrée, condensée dans la mémoire de chacun : ceux qui sont là savent de toute éternité qu’être juif, c’est précisément ça : être exposé en tous temps aux massacres, à la haine sanguinaire, aux pogromes – et qu’il en a toujours été ainsi.

    Alors, en 2016, en France, on risque sa vie à simplement porter une kippa, une étoile de David, à entrer dans un magasin « cacher » ?! Et ceux qui les pourchassent osent le faire au nom d’Allah ?

    Comme ils osent égorger des Chrétiens parce que chrétiens, en proférant « Allahu Akbar » ? 

     Je pense à tous les blessés des attaques de 2015 et 2016, aux survivants.

    « … d’une manière générale, il me semble que l’on ne se soucie pas beaucoup des blessés. C’est chiant, les blessés. Ils ont des traumatismes physiques qu’ils ne peuvent pas cacher. Ils souffrent (…) Ils nous renvoient une douleur qui ne souffre aucun doute… » écrit Grégory Reibenberg, rescapé de la tuerie de La Belle Equipe. 

     

    Nous n’arrêtons pas de vivre pour autant, de sourire, désirer, projeter. « Vous n’aurez pas ma haine » écrit Antoine Leiris, après l’assassinat de son Hélène au Bataclan. Ni la haine, ni la peur. Juste l’envie de renaître à la vie ...

     

     

    Vœux pour 2017 : Malgré tout, l’Espoir, et les Lumières

     Malgré l’état d’urgence renouvelé, malgré les deuils et les douleurs, avant tout, et surtout l’Espoir. Comme dans l’histoire de cette révolte à l’époque du second Temple de Jérusalem, lorsqu’il ne restait plus d’huile consacrée au fond d’une fiole que pour à peine une journée, et que ce fond de fiole a duré huit jours, le temps de permettre d’en trouver davantage. La « multiplication des pains », au bord du Lac de Tibériade, comme la « multiplication » de l’huile : quand il n’y en a plus, il y en a encore…

    On croyait ne pas pouvoir y arriver, et puis ça se fait malgré tout, contre toute attente. Comme par miracle !

     

    « Etat d’urgence »… L’urgence absolue ? « Be kind ! » : cette supplique du percussioniste Mickey Hart, au dernier concert du Dead de l’été passé… Comment traduire ? « Soyez gentils ! », « soyez bons ! », « soyez sympas ! » : les uns avec les autres…

    Pas si facile ? Décrocher du cynisme ordinaire, de la vieille résignation, des excuses que l’on se donne… Emettre de la bienveillance, en continu, de la confiance, de la présence.

    « S’aimer plus fort… » disait Matthieu à sa femme Aurélie, au lendemain des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher.

    Matthieu, disparu le 13 novembre 2015, au Bataclan. 

     

    S’aimer plus fort au cœur des ténèbres. Alors, les Lumières ? « Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres ! » dit l’ancienne sagesse, ranimée par le fondateur d’Amnesty International, Peter Benenson, qui fit de la chandelle encerclée de barbelé leur symbole.  La bougie de Benenson brûle pour les Autres, ceux que nous n’avons pu libérer…

    Le contraire du chauvinisme, du réflexe borné de ceux qui préfèrent toujours « leurs filles à leurs nièces, leurs nièces à leurs cousines, et leurs cousines à leurs voisines »,  leur terroir à leur nation, et leur nation à l’Union, au monde entier.

    On s’arrête, on réfléchit, et c’est pas triste, disait Gébé.

     

     

    Poussés de tous côtés, on va si vite que nous guette le délit de fuite… La non-assistance à personne en danger, en souffrance est devenue la norme !

    Alors, 2017 demain, maintenant déjà ? Retrouver la voie des vœux… Comme avant, lorsque l’on envoyait des vœux à ceux que l’on aime, qui comptent. Cette petite force là, faite de désir, pour autrui et pour soi, de joies toutes simples, d’innocence maintenue, de partage.

    L’audace de souhaiter, de désirer, d’aller vers l’Autre, de se confier, d’oser…

    Et si les nouvelles du monde ne sont pas celles dont nous avons besoin, nous ferons nos propres réseaux de nouvelles, pour le pur plaisir, le « fun », la force et la fiabilité.

    « Aie le courage de te servir de ton propre entendement », la devise des Lumières…

     

    3-     Les bonnes nouvelles ici

      Le 27 novembre 2016, en France, plus de 4 millions 400 mille personnes se sont déplacées, sont sorties de chez elles, pour confirmer leur volonté exprimée le 20 de ne plus accorder leur confiance aux deux principaux responsables de la catastrophe libyenne de 2011. Mouvement massif (2/3 des électeurs) d’un sursaut inespéré. Le 1er décembre, une autre « première » de cette République : son actuel président annonçait son renoncement à briguer encore un mandat en 2017.  

    L’Espoir se nourrit de ce genre de nouvelles, puisque ce sont eux qui poussent aux guerres (Libye, Mali, Syrie…) et font leurs budgets. Le début de l’Espoir…

    Pourquoi continuer à vouloir faire la loi en Afrique, dans les infinies étendues du Sahel, et en Orient, quand on a déjà tant de mal à la faire respecter chez soi, entre ses murs ?

    Est-il besoin d’avoir lu L’art de la guerre, ce vieux traité de sagesse chinoise, pour reconnaître le simple bon sens de ceux qui « ne s’engageaient jamais dans des guerres qu’ils prévoyaient ne pas pouvoir finir à leur avantage » ?

     

    4-     Les Pères Ubu et l’état de guerre : The Dirty Dozen

      Ce qu’il y a de plus obscur dans l’état de guerre où nous sommes plongés malgré nous depuis 2011 (Libye) et 2013 (Mali) : ce sont toujours des civils : des politiciens qui en décident, pour les guerriers de métier payés pour y laisser leur vie, et pour les populations, qui en font les frais. Quelle est donc leur expérience personnelle de la guerre ?

    Le Père Ubu, grand maître de l’ordre de la Gidouille, avait été du moins capitaine des Dragons… Mais… tous des Pères Ubu, lorsqu’il s’agit d’envoyer des hommes se faire étriper sur une mine, au nom de leurs petits discours !

    Le Général – Sur combien de morts tablez-vous, Père Ubu, avec quinze mille hommes engagés ?

    Le Père Ubu – Eh bien… mettons cinq mille morts pour commencer.

    Le Général – Et combien de blessés ?

    Le Père Ubu – Il me semble que deux blessés pour un mort… 

     



    Disposer de la vie et de la douleur d’autrui : la marque de Caïn. Tant que les morts et les blessés sont, pour leur immense majorité, africains ou orientaux, c’est toujours d’une « guerre juste » qu’il s’agit… Juste une guerre de plus.

    « Daech: 50.000 djihadistes tués depuis 2014 » annonçait Le Figaro le 9 décembre 2016, comme bilan de « près de 16.600 frappes depuis août 2014 ». Une ONG, Airwars, évalue à « plus de 1.900 civils les victimes de ces frappes » - mais comment distingue-t-on, à l’altitude des bombardiers, entre un civil en treillis et un combattant en treillis dans un pays en guerre ? Dès le 3 août 2015, Le Monde titrait : « Des centaines de civils victimes collatérales des bombardements aériens contre l’Etat islamique ». Tuez-les tous, Allah reconnaîtra les siens ?

    Pour comprendre mieux le siège en cours de Mossoul en Irak, il faudrait lire le reportage de Sara Daniel, envoyée spéciale du Nouvel Observateur à Bagdad… en 2003. (« Tikrit, Mossoul et la frontière », « Les premières erreurs des Américains »). Cela s’appelle « Voyage au pays d’Al-Qaïda ». Le pays d’Al-Qaïda, en Orient : une affaire américaine depuis 2001-2003.

    « Guerre contre l’Etat islamique : les Etats-Unis ont dépensé près de 10 milliards de dollars » (Le Monde, 8 novembre 2016). Soit, deux cent mille dollars le djihadi, mais sont donc passés ces milliards ? Ils ne se sont pas volatilisés en fumée ? Sur quels comptes se sont-ils répartis ?

    Déjà en 1965, à propos de « la seconde guerre d’Indochine » Jean Lartéguy titrait : « Un million de dollars le Viet »… Tout de même étrange, dans les media, cette manie de signaler (parfois) ce que les guerres coûtent (aux contribuables américains, français), jamais à qui elles rapportent.

    Trouvé, dans le numéro du 13 juillet 2016 de Paris-Match, veille de l’attentat au camion à Nice, ce petit schéma iconoclaste : 

     

    Sur une radio périphérique, RTL, un commentateur ironisait :  « en 2016, le Président était vendeur d’avions » - des avions Dassault, faut-il préciser…

    On cherche à comprendre, simplement. Pour quoi. Pour qui.

    Dans notre Lettre d’octobre-novembre 2016, nous avions publié la liste des « 12 Brigands Mondiaux » : les principaux pays exportateurs d’armements. Brigands, le mot n’est peut-être pas le meilleur.  Dans les années 80, il était question d’« états voyous ». En 2001, une liste de 7 avait été publiée par les Etats-Unis, liste en évolution continue, qui a pu inclure Cuba, l’Iran, le Vénézuela, le Pakistan, la Libye, l’Afghanistan… Pour critères : la détention d’armes de destruction massive, l’irrespect des lois essentielles de l’humanité ou… des intérêts américains.

    Bien sûr, on aimerait que les listes coïncident, des « états voyous » et des états à double face, des états Janus qui ont intérêt à la guerre comme politique étrangère, commerciale. Un visage masqué et une bouche pour la liberté théorique, un visage caché et une bouche pour la guerre et son interminable business.

    Pour ce qui est de destruction massive, et des armements qui y conduisent, on pourrait reprendre le titre d’un film de guerre américain de Robert Aldrich, The Dirty Dozen (en français : les 12 Salopards). La douzaine dégueulasse, d’ « états masqués ».

    Les 12 principaux exportateurs d’armes de destruction massive, une chose est de les nommer. Autre chose est de rapporter les profits qu’ils tirent de ce commerce à leur nombre d’habitants.

    Classement autrement révélateur, qui réserve des surprises.

    Ce ne sont plus les Etats-Unis en tête, pour la dernière année connue (2014), mais le minuscule Israël (avec 132 $ par habitant), suivi de la petite… Suisse (qui l’eût cru ?), et de la Russie. Si les revenus des ventes d’armes avaient été divisés par le nombre d’habitants, chaque Israélien aurait touché, en effet, 132 $ en 2014, chaque Suisse 42, et chaque Suédois, ainsi que chaque Russe, 40. Viendraient ensuite les braves Hollandais : 35 ; les Américains : 31 $ ; les Anglais : 19 ; les Espagnols : 17,5 ; puis les Français : 16,5. Derrière eux , les Ukrainiens : 16 ; les Allemands : 13,5 ; les Italiens : 13. (Source : le SIPRI

    Bien sûr, personne ne touche un centime de ces profits (en dehors des firmes concernées), pas plus en Israël qu’en France, en Suisse ou en Russie. Les firmes en question ? Pour les six premières mondiales : Lockheed Martin, Boeing, BAE, Raytheon, Northrop, General Dynamics– toutes américaines, sauf BAE : anglaise. On cherche seulement à comprendre.

    Aussi : pourquoi toujours la France comme « principal vivier et cible des terroristes » (Soren Seelow, Le Monde) ? Occasionnellement l’Allemagne ou l’Angleterre. Et non la Pologne, la Grèce, le Portugal, ou la Roumanie (qui ne font pas partie des 12 « états masqués »). Y a-t-il un rapport ? Comme un effet de congruence, d’adaptation réciproque, d’emboitement mécanique,  de connivence objective entre les marchands d’armes et ces terroristes dont on se demande d’où ils viennent au juste, de quelles fabriques.

    Une interdépendance factuelle entre les exportateurs, les agents commerciaux, et les agents provocateurs. Cherche-t-on un argument-clef pour la « déradicalisation » des candidats au jihad ? Les kouachi, les nemmouche, et tous ceux qui rêvent de Ben Laden, travaillaient, de fait, pour Lockheed Martin, BAE, Raytheon, et Airbus, Dassault…

    Sans Ben Laden, sans Al Qaïda au Maghreb ou en Syrie, en Arabie, quel prétexte auraient les vendeurs d’armes de la « coalition » pour écouler et tester, renouveler leur matériel ? Au nom de quoi pourraient-ils justifier l’implantation de troupes, de bases militaires, si loin de leurs territoires ?

      Comment en sortir ? Quittes à s’appuyer quelque part, autant que ce soit sur les principes d’un Tolstoï, de conscience individuelle rationnelle, et de lucidité, d’indépendance du jugement. Pour Tolstoï, la loi la plus fondamentale était d’amour et de compassion pour le genre humain. Il pensait que c’est l’institutionnalisation de la guerre et de la violence qui est à blâmer pour la plupart des massacres et des injustices du monde.   

     

    5-   

     Les bonnes nouvelles là-bas : « vous avez ce pouvoir »

     Same old blues again ?  Rien de nouveau sous le soleil ? Contre cette institutionnalisation de la guerre  et de la violence,  notre travail aux Messageries de la Paix redouble : d’abord, ne rien lâcher, comme on dit.

    Et cela passe par une recherche méthodique des autres nouvelles, celles qui sont reléguées en arrière-plan dans les media (quand elles sont mentionnées). Ensuitealler chercher l’info-source (de vie, d’espoir, de sursaut) là où elle est, lorsque d’autres se mobilisent pour trouver, tracer d’autres chemins ensemble.

     
      En Israël, du 4 au 19 octobre 2016, d’extraordinaires rassemblements ont eu lieu, que l’on n’avait jamais vus en plus de quinze ans, depuis le début de la Seconde Intifada. Par centaines, par milliers, des femmes, des hommes, des enfants se sont mis à marcher, du Nord au Sud, d’Ouest en Est, à converger de toutes parts vers Jérusalem. De toutes confessions, de toutes tendances, de toutes convictions.

     

      Il y avait bien eu l’été 2011, où la population se rendait massivement dans les parcs des villes, à Tel Aviv, Haïfa, Jérusalem pour y planter leurs tentes, et occuper le terrain, mais ces manifestations concernaient des problèmes économiques, et tournaient le dos au reste. Cette fois, des femmes ont pris l’initiative de la Marche de l’Espoir : une marche sans a priori idéologiques, sans parti pris autre que l’exigence de pourparlers directs, de véritables négociations entre les responsables du conflit, israéliens et palestiniens.  

     

      Ensemble nous avons marché, sous un soleil de plomb, à travers les champs de coton et le bois de Latroun, jusqu’au village mythique de la cohabitation israélo-palestinienne, Neve Shalom, Wahat as-Salam, où le Prix Nobel de la Paix Leymah Gbowee devait nous parler.

    C’était, c’est aussi simple que cela : prendre la route, et marcher, tous ensemble, se faire des ami(e)s, en retrouver, se rencontrer… Sortir de l’enfermement, de l’irresponsabilité et du fatalisme.

     

    Découvrir une terre que l’on connait mal, ou si peu. Dans toute sa beauté nue, méconnue.

    Une terre qui ne porte pas de stigmates nationaux, mais seulement les fruits du travail humain, de la sueur des hommes et des femmes qui la travaillent, chaque jour, en silence. 

       

     

     

        

      Au bout du chemin, derrière le monastère cistercien de Latroun, il y a le chapiteau de Wahat as-Salam, Neve Shalom, où Noa va chanter, après d’autres moins célèbres, et où Leymah Gbowee va nous livrer l’expérience de son lointain Libéria natal. 

    Tout au bout du chemin, il y aura Jérusalem. Il y a toujours eu Jérusalem, Yerushalayim, Al Quds. Le lendemain, d’autres groupes marcheront encore, d’autres cortèges se formeront, au Sud, au Nord, vers les rives du Jourdain, où se mélangeront Israéliennes et Palestiniennes, comme si cette alliance était le plus naturel des alliages sur cette « terre sainte » où rien ne ressemble vraiment à ce qui se passe ailleurs.

     

        

      Le lendemain, la Marche de l’Espoir longera le haut mur de béton qui encercle Gaza, où de très jeunes soldats dans des cubes de béton montent une garde désespérante, dans l’attente incertaine d’un ennemi qui peut sortir de terre à tout moment, sous leurs pieds, comme en juin 2006, lorsque le soldat Shalit (19 ans alors) fut fait prisonnier.  

      

      Les habitants des kibboutz environnants se livrent à une terrible collecte : ils gardent, comme objets de méditation ( ?), les morceaux d’obus, de roquettes, de fusées, qui leur sont destinées – seul « moyen » d’échange entre les deux peuples : le peuple prisonnier de Gaza, 2 millions de personnes, et les quelques dizaines de milliers d’habitants israéliens de la « ceinture de Gaza », leur gardiens résignés ( ?). Le seul dialogue à ce jour entre les camps : les uns envoient leurs roquettes, en fait de bouteilles à la mer, les autres leur balancent leurs missiles. Chacun selon ses moyens…

     Cela dure depuis tant de temps, et puis, les chiffres font la loi. Les pertes humaines, ici, ont été limitées à 10.600 tués (9.360 Palestiniens, 1.220 Israéliens) de septembre 2000 à novembre 2016. Dans le même temps, on estime à 60.000 le nombre de morts en Libye pour la seule année 2011, et plus de 300.000 les victimes de Syrie en 5 ans. En Irak, le chiffre donné par Iraq Body Count, pour la période d’occupation américaine de 2003 à 2013, est de 184.500 tués. En Egypte, en une seule journée, le 14 août 2013, Place Rabia El-Adaouïa au Caire, 640 personnes ont été tuées selon les autorités, quatre fois plus : 2.600 selon l’opposition. On y compte, à ce jour, autour de 40.000 prisonniers d’opinion.

    Alors, forcément, les quelques 7.000 Palestiniens détenus en Israël sont tombés dans l’oubli complet en dehors de leurs familles… 

     

     

    Ici, un lâcher de ballons blancs. Le vent les emmènera-t-il de l’autre côté du Mur ? A Berlin, le Mur de la Honte, aura divisé 28 ans les Allemands…

    Le blocus américain de Cuba, lui, aura duré 54 ans… A quoi aura-t-il servi, si ce n’est à radicaliser les mouvements de lutte armée qui s’en sont inspirés dans toute l’Amérique du Sud, et à mettre au pouvoir, au fil du temps, dans bien des pays, des régimes pour qui le castrisme servait de référence constante ? Vertige des illusions fondées sur la sanction, la punition, la privation… 

     

    On peut toujours ériger des murs : ce n’est plus le Moyen-Age, les portables circulent même dans les prisons… Et puis, ce n’est pas seulement une question de terre, de territoire, mais plutôt d’humanité au coude à coude, de populations inextricablement mêlées, de compatibilités : de coexistence quotidienne entre ceux qui prient d’une façon, ceux qui prient d’une autre (entre Palestiniens du « Hamas » et ceux du « Fatah » ou Orthodoxes juifs et laïcs) ; entre ceux qui veulent tout pour eux, et ceux qui apprennent à composer avec les autres ; entre les bruyants et les silencieux ; entre les voraces et les sobres ; entre les brutaux et les doux ; entre ceux qui respectent la vie humaine, et ceux qui versent le sang comme ils verseraient du mauvais café…

      Sur les bords du Jourdain (les rives elles-mêmes sont zone militaire, interdite), Leymah a rencontré des femmes qui représentaient le peuple palestinien. Cette première Marche de l’Espoir a eu lieu en Israël. La prochaine devra voir le jour de l’autre côté, en Palestine, en 2017… Et que les deux marches se « rejoignent » à Jérusalem , et dans ses faubourgs, le long du mur qui divise la ville…

     

    Contrairement à Mairead Maguire (Prix Nobel de la Paix irlandaise, avec qui nous avons organisé un voyage à Bethléhem, Jérusalem, Ramallah, Tel Aviv en janvier 2002) qui a souvent penché davantage d’un côté dans ses discours, Leymah Gbowee a pu être reçue par le Président Rivlin, gage de son impartialité. L’objectif, maintenant, c’est qu’elle soit reçue en 2017 par le Président Abbas, et que les négociations tant attendues se mettent en place entre Ramallah et Jérusalem, mais aussi entre Gaza et Ramallah… (comment « Jérusalem » peut-elle négocier avec un peuple divisé entre lui-même ? combien de temps va durer le blocus de Gaza encore ?). 

     

    Leymah Gbowee ne se laisse pas impressionner par les obstacles. Partout où elle prend la parole, elle dégage une énergie vibrante, communicative. « Vous avez des partenaires en Palestine ! » clame-t-elle.  « C’est maintenant le moment ! Que les vies de vos jeunes enfants ne soient pas dévastées par la guerre ! Il faut vous mettre en route, convaincues que chacune, chacun d’entre vous peut apporter un changement… vous avez ce pouvoir : une fois que vous vous redressez pour ce qui est juste, la Paix vient forcément. Que voulons-nous ? la justice, le règne de la loi, et la liberté. Ce moment est le vôtre ! Dressez-vous pour la justice, l’égalité ! Même les hommes en armes ont peur quand vous vous dressez pour ce en quoi vous croyez. Je suis là, fermement, avec vous. Ce n’est pas assez de parler de paix. Il faut se mettre en chemin… Ne renoncez jamais ! Ce n’est pas facile, c’est une grande responsabilité. Vous allez perdre du monde en route… mais pourquoi êtes-vous là ? Parce que les gens ont perdu espoir, mais vous et une poignée de femmes vous êtes devenu(e)s un symbole d’espoir. Vous avez conscience que vous êtes en guerre. Baisser les bras n’est pas une option. La paix, nous allons la construire, quoi que puissent dire nos hommes politiques. Ce pouvoir est en nous ! »

     

    Pour ceux d'entre vous qui maîtrisent l'anglais :  l'autobiographie de Leymah Gbowee, et la vidéo (Zone 1)  

                                                             

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