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    Lettre de Liaison n°109

    6 janvier 2019

     

    "Pour guérir un malaise, il faut l'éclairer. Et, certes, nous vivons dans le malaise." Saint-Exupéry, La paix ou la guerre ?

    Dix morts, et plus de mille blessés en un mois.

    Cinquantenaire de mai 1968 (sept morts, deux mille blessés) ?

    La France, en partie paralysée, brûle, à petits feux.

     

     Tout a commencé à la mi-novembre 2018, à l'annonce d'encore une hausse sur le prix des carburants. La France en Europe était n°5 en chèreté de l'essence et du diesel, elle allait rejoindre le Danemark et l'Italie. Les gens se sont renseignés, par le net [https://www.cargopedia.fr/prix-des-carburants-en-europe] : pourquoi des pays aussi divers que la Bulgarie (0,99€ l'essence et 1,08€ le diesel), Andorre (1,07 & 1€), le Luxembourg (1,09€ & 1,04€),  la Pologne (1,11 & 1,18), l'Espagne (1,16 & 1,11), l'Autriche (1,20 & 1,21) parviennent-ils à des tarifs aussi avantageux, et pas celui où ils vivent ? Où va donc tout cet argent prélevé aux pompes ?

    Mais il n'y avait pas que ça. Il y a aussi la menaçante multiplication des radars de toutes sortes et de toutes espèces. Sur tel itinéraire du Grand Est, on en compte pas moins de 18 sur 180 km, répartis de manière souvent plus trompeuse que sécuritaire. Prenez l'Angleterre: vous pouvez rouler 400 km du port de Douvres aux portes de Londres et de Londres à Brighton, longer la côte Sud : pas un radar, pas un péage, pas un policier, pas une voiture de patrouille. Vous rentrez sur le continent, ils vous attendent tous, à tous les tournants. 

    Pour la "sécurité"? Dans la gendarmerie le malaise monte aussi. La hiérarchie fait de plus en plus pression pour que les gendarmes à moto ou en voiture verbalisent le plus possible. Pour l'avancement il faut "faire du chiffre". Avec les amendes en cascade qui s'ensuivent, et les pertes de points sur le permis de conduire. Sans surprise : on estime à 600.000 le nombre de conducteurs qui roulent sans permis.

    De même, les contrôles techniques des véhicules, qui ne cessent de devenir de plus en plus draconiens, éliminatoires. Sachant qu'il est impossible de chercher un emploi sans voiture en dehors des grandes villes (lire Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham), on aura bientôt un million de véhicules qui rouleront sans contrôle technique ?

    Français champions du monde

    Cette série de surpressions économiques prennent les gens à la gorge. Avec moins de mille euros par mois, cet ancien facteur ne se déplace plus, et a renoncé aux petits plaisirs qu'il s'accordait jusqu'en 2016. Cette veuve d'invalide survit comme elle peut dans son petit appartement avec 650€ par mois. Ils sont des millions ainsi, à se sentir pris au piège, astreints à résidence, à vivoter de jour en jour, sans perspectives, sans espérances d'en sortir.

    On cherche à comprendre. Et puis, début décembre 2018, tombe cette nouvelle effarante :

    "La France devient le pays le plus taxé au monde, selon l'OCDE"

    Au monde. On parle de "pression fiscale" pour "combler les déficits publics". Cette pression étatique n'a cessé de croître, par tous les moyens possibles. Elle atteint désormais plus de 48% en France - alors qu'elle n'est que de 24% en Irlande, 26% en Roumanie, 27% aux Etats-Unis, 29% en Bulgarie, 33,3% en Angleterre, 33,7% en Espagne, et 34,2% pour la moyenne des pays de l'OCDE pour 2017.

    Le boulanger de Montmirail, navré, vous dit : "Ce cake que je vends, eh bien, l'Etat en prend la moitié!".

    Ajoutez à cela l'attentat de Strasbourg, sur le Marché de Noël - cinq tués et dix blessés. Or, on le sait, la police en France est à bout de forces, pressurée de toutes parts, en heures de travail supplémentaire (plus de 20 millions!) non payées, en contraintes de tous les instants. De même, les forces spéciales (RAID, GIGN) sont en sous-effectifs, et ne peuvent couvrir tout le territoire national comme il le faudrait. Le malaise n'est pas que dans la population civile, il est dans la police, la gendarmerie, et l'armée - en raison de l'étendue du "théâtre des opérations extérieures" : 4.000 militaires au Sahel, sur un territoire grand comme l'Europe, 5.600 au Moyen-Orient (source : ministère de la Défense). Depuis quelques années, soldats et officiers n'ont plus de "vie de famille" et ne comprennent pas la nature exacte de leur mission - au moment où même le Président américain déclare : "Les Etats-Unis ne peuvent pas continuer à être les gendarmes du monde" ajoutant ces paroles de bon sens : "Nous sommes répandus dans le monde entier. Présents dans des pays dont la plupart des gens n'ont même jamais entendu parler. Franchement, c'est ridicule."

    La grenouille française aurait-elle les yeux plus gros que ceux du boeuf américain ?

    La cuisse de Jupiter

    Le 5 juillet 2018, le principal hebdomadaire politique français titrait en couverture Comment le Président fait la guerre. "Dans le PC Jupiter, les décisions les plus secrètes de l'Etat". Un dossier complet de seize pages était consacré à ce jeune président, enfermé dans son souterrain, "la tanière de la peur", avec sa phalange de conseillers spéciaux, renforçant ainsi son image de prince détaché de la réalité de ses sujets. Pendant ce temps, les conducteurs des 39 millions de véhicules du parc automobile de l'Hexagone bouillonnaient de la toute récente mesure de réduction de la vitesse sur route de 90 kmh à 80, mise en place le 1er juillet. Où, dans quels pays d'Europe prétendait-on contraindre les usagers de la route à ralentir encore, sous peine d'amendes et de confiscation de permis ? Imagine-t-on un instant la colère d'un motard sur une 850 ou une 1000, que l'on veut forcer à respecter la limitation à 80? En sandwich entre l'Allemagne où la vitesse sur routes est autorisée à 100 kmh (sans limitation sur la majeure partie du réseau routier) et l'Angleterre où elle est portée à 96 kmh, les conducteurs français ne voyaient vraiment pas pourquoi ils devraient se conformer aux pratiques en cours sur ces petits territoires : les îles de Chypre, de Malte, et d'Irlande, le Danemark, les Pays-Bas (avec l'autre exception européenne des vastes étendues scandinaves de Suède, de Norvège, et de Finlande). Voulait-on contraindre les Français à la peau de chagrin des Maltais, des Danois, des Chypriotes? Les grands voisins allemands et anglais avaient-ils un taux de mortalité sur route supérieur aux autres?

    Le Président et ses conseillers spéciaux n'entendaient rien de tout cela. Le pouvoir isole, c'est connu. Le pouvoir souterrain enterre: les rêves et les illusions des administrés, qui ont fait du gilet jaune rendu obligatoire dans les voitures depuis 2008 l'étendard de leur révolte, avant de s'en prendre massivement aux radars routiers. Ces 3.275 à 4.700 radars qui rapportent plus d'un milliard d'euros par an à l'Etat, à raison de près de vingt millions d'avis de contraventions. Faut-il s'étonner que plus des trois-quarts aient été mis hors-service par les révoltés de l'hiver français? Jusqu'à 90% fin 2018 dans le Grand Est. La sécurité en a-t-elle souffert? La conclusion d'un article paru dans Ouest-France en octobre 2017 donnait à entendre le contraire :

    "Depuis quelques années, les recettes de radars n'ont cessé d'augmenter, mais la mortalité routière, elle, connaît sa troisième année d'augmentation consécutive, une première depuis 1972." 

    Dans son PC Jupiter enterré, le prince n'entendait plus rien, ne voyait plus rien…

    Diagnostics... Perspectives ?

    Etat dispendieux et immporal - ses princes se sucrent, n'en ont jamais assez (l'un, aussitôt élu, décrète une augmentation de 172% de son salaire, l'autre se fait construire une piscine dans la résidence présidentielle d'été, qu'il n'utilisera que quelques jours par an). Etat parasite et prédateur, qui accable les artisans de charges écrasantes; Etat prétentieux et va-t'en-guerre à l'extérieur (Afrique, Moyen-Orient), impuissant ou démissionnaire à l'intérieur - le sort de plus en plus intenable de ses gardiens de prison lui importe peu; Etat oppresseur et menaçant, qui multiplie les ponctions, les contrôles, les sanctions.

    "On peut faire le diagnostic. Mais pas soigner, et encore moins guérir." se plaint un des gardiens de prison en sous-effectifs.

    Là aussi : "Prisons: la France parmi les pays d’Europe les moins bien dotés en personnel » Le Parisien, 23 janvier 2018)

    Le diagnostic d'un Etat unanimement désigné comme abusif est-il le bon ?

    Cherchons d'autres regards, d'autres voix.

     

    « …notre situation, aujourd’hui, n’est ni acceptable ni tenable.

    (…) Nos partis politiques sont morts de ne plus s’être confrontés au réel… C’est cette fatigue démocratique, les déceptions que ce nouveau système engendre, qui nourrissent son affaiblissement même et l’inexorable progression des extrêmes.

    Depuis le traumatisme du 21 avril 2002, rien n’a changé. La classe politique et médiatique forme un peuple de somnambules qui ne veut pas voir venir ce qui monte. Il s’indigne, de temps en temps, sans en tirer aucune conséquence.

    (…) La règle envahit tout, parce qu’il est plus commode d’écrire une loi ou un décret que d’indiquer une direction … Le pays vit pour l’administration et non l’administration pour le pays. Peu à peu, le réel s’éloigne. Le monde du pouvoir bâtit des constructions imaginaires. »

     

    Extraits de discours du baron de la Méluche ou de Mademoiselle de Montretout, comme les nomme le chroniqueur Patrick Rambaud ? Même pas. Cet autre constat fut publié en novembre 2016, sous le titre prémonitoire "Révolution", et signé par celui qui devait être élu, six mois plus tard, à la plus haute charge de l'Etat.

    Lorsque Saint-Exupéry écrivit son article La paix ou la guerre ? pour Paris-Soir, c'était le 2 octobre 1938. L'Europe des nationalismes en avait pour un an seulement avant l'implosion. Nous sommes à moins de cinq mois des élections européennes qui vont installer 79 députés français à Strasbourg et à Bruxelles. Rarement des élections aussi vitales pour l'unité nationale et européenne auront été aussi peu et mal préparées.

    S'il y eut une onde de choc en 2002 en France, il s'en vient une autre, redoutable.

    Que pouvons-nous, nous, Messagers de Paix ?

     

    La question nous vient d’Afrique de l’Ouest.

    Messagers de paix, au sens propre, comment pouvons-nous définir nos positions, lorsque l’article-clef de nos Statuts définit ainsi notre raison d’être : "mouvement de citoyens sans frontières, non confessionnel et non partisan, ouvert à tous les êtres libres et de bonne volonté. Leur objectif est de transmettre et d'acheminer tous messages et textes pour la paix entre les hommes, les cités, et les peuples." 

     De quels messages et textes pour la paix entre les êtres humains pouvons-nous être porteurs, lorsque nous sommes informés (le 16 janvier, par un article du Monde signé Jeanne Cavelier : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/01/16/violences-policieres-on-est-dans-le-mensonge-d-etat_5409824_3224.html), de violences sans précédent depuis… 1961, contre les manifestants en gilets jaunes, qui ont fait deux mille blessés, dont une centaine de blessés graves (une quinzaine de personnes éborgnées et plusieurs mains arrachées) ?

    Messagers de paix en zones de guerre, de conflit, nous sommes, au sens propre, gardiens de la paix – comme sont nommés aussi les membres des forces dites de l’ordre, à ceci près qu’ils sont armés, et que nous refusons de l’être jamais.

    Est-ce une aberration, ce refus des armes de guerre pour résoudre les différends ?

    Car il s’agit désormais d’armes de guerre, contre ces manifestants en gilets jaunes : ainsi, proscrites dans les autres pays d’Europe dans ce contexte, « les grenades GLI-F4, qui contiennent une petite dose de TNT et arrachent des mains. »

    Il faut lire l’entretien de David Dufresne avec Jeanne Cavelier.

    David Dufresne, auteur d’une enquête récente sur le Maintien de l’ordre, nous rappelle que, dans ce pays dont la fête nationale est la célébration d’une émeute (la prise d’une prison d’Etat), longtemps « la France a été considérée comme la championne du maintien de l’ordre ». « Mythe qui s’est effondré » depuis une dizaine d’années.

    Qu’en est-il chez nos voisins européens ?

    « En Allemagne, en Angleterre, les forces de maintien de l’ordre ont mis en place tout un processus de dialogue avec les manifestants, et de désescalade. La France a fait le choix inverse, dont découlent ces drames… » 

    Ainsi, il existe bien d’autres façons de préserver, de garder la paix, chez nos grands voisins, dont il serait plus que temps de s’inspirer, pour ne pas continuer à jeter du sel sur les plaies.

    Si l’on veut espérer, si peu que ce soit, un regain de légitimité pour le pouvoir central, il doit d’abord proscrire tout emploi d’armes assimilées à des armes de guerre (grenades GLI-F4), instruire avec diligence toutes les plaintes déposées suite à ces violences accumulées, et prendre en transparence les mesures qui s’imposent. De formation réelle de tous les personnels employés pour le maintien de l’ordre, et de retour à la réputation française antérieure de savoir-faire en ce domaine.

     

    Quoi qu’il en soit – que ces mesures soient prises sans tarder, ou non – notre rôle est de rester observateurs au plus près, et témoins de ce qui se passe durant ces convulsions, jusqu’à leur apaisement profond, et de transmettre, d’acheminer, tous les éléments portés à notre connaissance, pour éclairer ce malaise, dans l’espoir tenace de contribuer à le guérir.

    .../... 

    (à suivre)

     

     

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